Une émission d’Isabelle Giordano sur France Inter

"Service public" ou "mon oeil" ?

Article publié le mercredi 20 janvier 2010 par JPP
(Mercredi 21 Janvier 2010 à 10H00)

Le programme était alléchant :"Manque-t-on d’espaces verts et de jardin dans les villes ? Les citoyens ont-ils leur mot à dire ?"

Ce type d’émission est un bon exemple de la perfection atteinte par les médias d’aujourd’hui dans l’art de faire semblant de traiter la réalité tout en verrouillant le discours .

On n’aura entendu le murmure de la vie que lors du court laps de temps consacré à un reportage sur Gilles Bayart . Encore ne devons nous sans doute cet instant de parole libérée qu’au statut (rassurant) de Gilles à savoir architecte. Car par "service public", il faut sans doute entendre "institution". La dilution en de multiples interventions contribue au brouillage. Laurence Baudelet et Lena Sofer avaient sans doute beaucoup de choses à dire…

Leur statut de "au téléphone" les mettait sur le même plan que les interventions spontanées des auditeurs mais,proposées aux moments clés de l’émission, les discours de Emmanuel Mony et Bertrand Kern en apparaissent bel et bien comme la finalité cachée.

Le premier est résident de l’UNEP (Union Nationale des Entrepreneurs du Paysage) donc d’un syndicat composé essentiellement de pollueurs.. Le second, maire de Pantin, a parfaitement vendu sa soupe électorale, réussissant à glisser, à propos d’espaces verts, dynamisme économique de sa ville, taxe professionnelle,crèches et base de loisir.

Les citoyens ont-ils leur mot à dire ? En tout cas pas dans cette émission où les jardiniers et les habitants n’ont pas eu droit à la parole.

Pourtant, sur le papier, le sujet a été "journalistiquement" traité . Tout y est. A part l’éclairage…Il faudrait parler de "publi-reportage" plutôt que de reportage.

La morale de cette histoire : parler de la prise de parole est bien suffisant. Pour la prise de parole elle-même ,on verra plus tard…

Post-Scriptum

Ce qui aurait pu être évoqué :

1/ Ce pourquoi ont été créés les espaces verts en France au XIXème siècle : hygiène et surtout espaces ouverts permettant de masser des troupes et des canons en cas d’émeute populaire : Haussmann tire la leçon de 1830 et 1848.

2/ Cette volonté d’encadrement n’est pas morte. Je salue la volonté de la ville de Paris d’encourager le mouvement des jardins partagés.Mais, hélas, quand s’est créé le Jardin solidaire, jardin spontané et vraiment décidé par les habitants, on a mis fin brutalement à l’expérience.

Les jardins partagés de la Ville de Paris sont coulés dans le moule des squares : grilles, pancarte, cabane standards. Un règlement très précis est imposé à travers la Charte main verte. Ecologiquement correcte , mais bel et bien imposée.

La volonté des habitants , telle qu’elle se dégage des jardins partagés est autre : rompre l’isolement voulu par les sociétés néo libérales,reprendre en main collectivement son cadre de vie et l’urbanisme , y-compris celui des architectes "bienveillants".

3/ A été évoquée fort brièvement à travers une intervention d’un auditeur (Strasbourg), l’idée de trame verte. Dans bon nombre de villes de l’ex Allemagne de l’Est, des cheminements à travers les jardins (Kleingarten), permettent depuis longtemps de traverser toute la ville. Ces trames vertes doivent leur existence à des circonstances historiques pénibles (pénurie alimentaire) mais justement,on y revient …à la pénurie et à l’agriculture urbaine.

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